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Est-ce vraiment draft ?

Par ujc, publié le 03/07/2017 à 10h59 - Mis à jour à 11h19
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Le clin d'oeil du Martiniquais Mathias Lessort lors de la Draft 2017 (DR)

La NBA a procédé à la DRAFT 2017, et pivot de Nanterre, un jeune parti de notre pays à l’âge de quinze ans, a été retenu par les Sixers de Philadelphie (USA). À cette occasion, le présentateur a tenu ce propos si beau, certainement jamais entendu à un si haut niveau : « Mathias LESSORT, from le Morne-Vert, Martinique »…

Ajoutant à la beauté du discours, ce Martiniquais a montré à la presse l’écusson aux quatre serpents qu’il a cousu à l’intérieur de sa veste. Depuis les réseaux sociaux s’interrogent : le drapeau martiniquais est-il celui de l’époque coloniale (4 trigonocéphales sur fond bleu et blanc) ou le « rouge, vert, noir » nationaliste ?

Identités d’emprunt

Lors de la Coupe de la Caraïbe, le drapeau Rouge Vert Noir était de sortie dans les tribunes.

Avant toute chose, saluons le geste de ce jeune, quel que soit le symbole retenu pour souligner son origine martiniquaise. Ce niveau de conscience l’honore d’autant plus que beaucoup d’originaires de notre pays ne le font pas, ou se disent « antillais ». C’est là un adjectif fantôme qui mérite une remarque : sont théoriquement antillais, tous les habitants de Cuba jusqu’à Trinidad. Mais dans une simplification linguiste, les Français, et nous avec eux, ont pris l’habitude d’appeler antillais les seuls originaires de Martinique et de Guadeloupe, identification réductrice qui ajoute aux domien, ultramarin, négropolitain, etc. Par ailleurs, le discours évite aujourd’hui la terminologie « noir » et lui préfère celle de « black ». Aussi sommes-nous, certainement, les seuls Afro-descendants à ainsi divaguer dans des identités d’emprunt.

Un exemple parmi d’autres : les Guadeloupéens ont choisi le nom de Gwadaboys pour leur Sélection de football, et nous celui de Matinino ! Une telle référence aux Amérindiens et à cette « île aux femmes » (certainement pas aux fleurs), était possible car historique. Mais était-ce suffisant pour nous fixer dans un passé premier ? Faut-il rappeler que des sociologues caribéens soulignent que la référence aux Arawaks et Caraïbes, masque parfois une volonté de nier notre afro-descendance ? De manière surprenante, car nullement justifiée par la LFM et validée par la population, « La Sélection de Martinique » est donc devenue ces étranges Matinino, « ych san papa », sans âme, perdus dans un nom d’emprunt. La problématique du drapeau martiniquais nous situe dans une fuite en arrière comparable, quoique différente.

Retour historique

Pour Alfred Marie-Jeanne, il faut d’un drapeau consensuel

En mars 1946, les « quatre vieilles colonies » deviennent départements d’Outre-mer. La Martinique est en pleine euphorie assimilationniste, avant qu’émergent dans les années 60-70 des aspirations politiques nouvelles : l’Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste Martiniquaise est le premier mouvement qui, dès décembre 1962, pose la question du statut en termes de lutte de libération nationale. C’est vraisemblablement dans les prisons françaises de Fresnes où sont incarcérés des militants de cette OJAM, que les couleurs Rouge, Vert, Noir, prennent valeur de drapeau nationaliste. Après avoir été colonie, département, département-région, et au jour collectivité territoriale, la Martinique se trouve toujours dans un welto : le drapeau aux serpents ne gênant certainement pas la droite martiniquaise, il incombait à la gauche d’en poser la question.

Mais les progressistes et nationalistes qui dirigent notre pays depuis des décennies, ne l’ont pas fait ! Au mieux, ils se sont contentés d’évoquer le sujet, sans jamais le prendre à bras le corps. Pareil refus d’assumer est, bien sûr, collectif, et nullement attaché à tel politicien ou tel parti. Il témoigne d’une démission de Nous-Mêmes, car rien n’interdisait à notre population de contraindre nos instances au traitement de la question. Il convient ici de souligner que dans son discours de clôture des Assises du Sport Martiniquais, le 30 juillet 2016 à l’IMS, Alfred MARIE-JEANNE, président de la Collectivité Territoriale de Martinique, a affirmé que notre représentation dans le sport ne pourra se faire qu’avec un drapeau politique. « Il faut d’un drapeau consensuel, a-t-il dit, pour tout le monde ». Nous espérons que les actes suivront, car pareil propos a déjà été tenu en 2006-2008, lors de Gran Jé Matinik !

Aujourd’hui encore, nous continuons à perdre la bataille de l’image, alors que nous sommes dans une société de la communication et, de ce fait, ne pouvons ignorer les codes, ainsi que la grammaire de l’iconographie fixe ou mobile. Un récent exemple peut illustrer notre propos : le logo de la CTM qui semble véritablement pris dans des couleurs et des symboliques zombies. Utilisé, en effet, dans le tourisme, l’ancienne pub achetez local, également sur l’emballage de chips made in Martinique, le colibri est déjà fortement connoté. En outre, il a cette singularité d’être polysémique, puisqu’il peut signifier la légèreté, la progression, le surplace ou même le recul. À noter qu’à l’époque du Conseil Région, cet oiseau présentait une dimension verticale, traduction symbolique d’une volonté de s’élever, de performer. Aujourd’hui, avec ses couleurs illisibles, le nouveau logotype tient un discours trop large, pour que son message soit accessible.

 

Le drapeau de nous-mêmes

Revenons au sujet ! Notre indécision lacunaire explique, probablement, que des jeunes interrogent le drapeau de notre pays ; voir notamment une consultation sur Facebook qui aurait enregistré 10.000 réponses. En tardant à assumer, nos politiciens ont ainsi laissé l’espace médiatique aux « 4 serpents » ; cliquez sur internet drapeau martiniquais. Une chose est certaine : à fuir encore nos responsabilités, le paradoxe sera définitivement accompli d’ici quelques générations. Et cet étendard colonialiste nous définira alors. Du fait de notre laxisme, de notre indécision, nous serons sans doute le seul pays caribéen drapé dans des couleurs contraires, des couleurs coupables, car attachées au commerce esclavagiste.

 

En conclusion, saluons la performance sportive de Mathias LESSORT retenu par la DRAFT 2017. Puisse son geste si joliment martiniquais, nous pousser à choisir, enfin, nos couleurs identitaires. Nous nous devons de le faire collectivement, au nom de Nous-Mêmes et de notre pays. Nous nous devons donc de nous mettre debout ! Sauf si une nouvelle fois, nous désertons dans une énième fuite indigne, avant, bien sûr, la préambulique question est-ce que c’est grave ? Et ce démissionnaire i bon kon sa !

 

Ro ALGER, Jimmy URSULET, Louis-Georges PLACIDE

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