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MARTINIQUE-GUADELOUPE : Confrontations dans le temps

Par ujc, publié le 25/04/2017 à 06h52 - Mis à jour à 08h05
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La Sélection de Martinique contre le Surinam en avril 68 (collection privée).

A la veille du match amical entre la Sélection de Martinique et celle de la Guadeloupe ce mercredi 26 avril 2017 au stade Georges Gratiant, nous nous associons aux membres du Club SPORTS PLUS pour proposer un dossier sur l’histoire des Martinique-Guadeloupe.

 

Le moins qu’on puisse dire, est que la Martinique et la Guadeloupe ont des relations sportives difficiles, rivalité tendue qui trouve son origine dans une rivalité historique. Cette opposition débute avec la période coloniale, et lorsqu’au milieu du XVIIe siècle la Régence veut établir une tête de pont, elle choisit la Martinique. Dans la première décennie du XVIIIe siècle, la Martinique est même officiellement promue pour jouer le rôle de capitale des îles, ce qui lui donne, notamment, le privilège d’être la seule à entretenir directement le commerce du sucre avec la métropole. Même le vocabulaire traduit cette hiérarchisation des îles, puisque l’on dit « les seigneurs de Saint-Domingue, ces messieurs de la Martinique, et les bonnes gens de la Guadeloupe ». Cette rivalité administrative et économique qu’entretient la « métropole », laisse des traces durables qui, certainement, ont alimenté le chauvinisme dont les uns et les autres font preuve aux différentes confrontations sportives. Il n’y a pas de véritable match amical entre les pays de Guadeloupe et de Martinique. S’il est un terrain où cet antagonisme s’est toujours exprimé, tant en Sélection qu’en club, c’est bien le football. Aussi avons-nous défini les grandes périodes où l’une des îles a dominé l’autre. Alors flash-back !

 

Tournoi du consul des USA

Dans les décennies 60-70, et jusqu’au milieu de cette dernière, les matchs Martinique/Guadeloupe avaient essentiellement pour cadre le Tournoi du consul des États-Unis. Cette compétition se disputait entre les Sélections séniores des deux îles déjà citées et l’Équipe de Puerto Rico. Disons-le d’emblée, les Portoricains n’y ont tenu qu’un rôle de faire-valoir, laissant les deux premiers se disputer la victoire qui ne leur échappa point au cours des 6 tournois qui eurent lieu.

 

La Coupe Nationale des Ligues

Il est significatif de constater que la Martinique et la Guadeloupe se partagèrent équitablement les victoires, la remportant chacune à trois reprises, avant que ce tournoi ne soit supplanté, à compter de 1974, par une nouvelle compétition, la Coupe Nationale des Ligues. Réservée aux Espoirs (-23ans), avec la possibilité pour chaque équipe d’être renforcée par 3 joueurs plus âgés, elle opposait le vainqueur d’un tournoi regroupant les ligues de l’hexagone à celui du tournoi opposant les ligues antillo-guyanaises. Les deux vainqueurs se rencontraient en match aller-retour. Il est difficile de l’expliquer, mais cette nouvelle compétition suscitera un engouement inimaginable, au point de devenir la compétition de référence, les Espoirs devenant d’un coup, la vitrine du football. La Coupe Nationale des Ligues ne se jouera, cependant, que de 1974 à 1978. Une courte période, mais suffisante, pour que les représentants des Antilles-Guyane se paient la part du lion. Ils la remportent à 4 reprises : la Martinique qui, lors de la toute première édition s’est inclinée face à la ligue d’Alsace, puis s’impose en 1975-76-77, et la Guadeloupe en 1978.

 

L’inoubliable leçon !

Marie-Camille FAGE été l’un des hommes forts de la Sélection de Martinique.

C’est donc dans le cadre de cette Coupe Nationale des Ligues que l’Équipe Espoir de Guadeloupe s’est présentée au stade Louis Achille en 1974, pour ce qui était déjà une finale puisque la ligue de Guyane avait déclaré forfait. Il convient ici de rappeler que cette décennie 70 a été marquée par l’affrontement des deux églises du football. Celle défendant un football d’attaque et d’inspirations que représentait le Brésil, brillant Champion du monde au Mexique. Celle d’un jeu d’abord tactique, à l’image de l’Allemagne, récente Championne du monde en 1974.

La querelle des styles de jeu qui touchait l’ensemble de la planète foot, concernait bien évidemment la France, et par extension, la Guadeloupe et la Martinique. La Direction Technique Nationale était, en effet, dirigée par Georges BOULOGNE, un hardi partisan du football tactique, admirateur du libéro et du marquage individuel, un schéma repris par les différents CTR de l’époque. Le sélectionneur de Martinique était Louis DIAZ, le conseiller technique régional, alors que celui de Guadeloupe, Jacques CILIRIE, choisi en dehors du giron fédéral, était d’inspiration sud-américaine. Avec lui, la Guadeloupe revenait en vainqueur d’un tournoi l’ayant opposée entre autres à Haïti et à Trinidad. C’est donc pleine de certitude qu’elle s’est présentée, ce jour-là, au stade Louis-Achille de Fort-de-France.

De match, il n’y en eut que durant 25 minutes, le temps pour la Guadeloupe de mener, donnant l’impression de survoler le match et de tenir son rang. La Martinique, heureusement, comptait dans ses rangs les Pilotins Marie-Camille FAGE et Louis-Félix FLAVIEN qui, dès la mi-temps, avaient déjà comblé le retard et creusé un écart (4-2). Le second temps fut un long calvaire pour la Guadeloupe, avec un public aux anges, chantant Sa maléré des Malavois, et ponctuant chaque offensive martiniquaise d’un woop wooop repris en cœur pour annoncer le prochain but. Après avoir été menés 2-0, les Martiniquais s’imposent donc 8-2 face à leur adversaire historique, score jamais vu et forcément inoubliable.

 

Le sentiment d’invincibilité des Martiniquais

Tant qu’Aurélia et Flavien seront là, la Martinique sera imbattable.

L’écrasant succès de la Martinique, et donc cette débâcle guadeloupéenne, ont bien évidemment eu des conséquences.

La première pour la Guadeloupe fut l’arrêt de l’expérience CILIRIE. Pareil cataclysme ne pouvant rester sans sanction, c’est le sélectionneur qui en fit les frais et son projet de jeu fut oublié. La Sélection guadeloupéenne s’orienta alors vers une conception plus… moderne du jeu. À contrario, Louis DIAZ en sortit grandi, il tenait là sa référence, la preuve évidente d’être dans le vrai.

Les joueurs également en tirèrent profit, en particulier Louis-Félix FLAVIEN, dit Lazibyé, qui désormais est considéré par les adversaires comme une arme fatale. Il nous revient un commentaire d’un sélectionneur annonçant que temps que la Martinique alignerait FLAVIEN et Micky AURELIA (absent ce jour-là), elle serait imbattable.

Dernière conséquence et pas la moindre, une impression d’invincibilité de la Martinique, au point que durant des années, elle se considérait comme la bête noire de la Guadeloupe, d’où sans doute cette suprématie qui va durer jusqu’à 1990.

 

SPORTS PLUS
avril 2017

 

À suivre.

 

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